Sélectionner une page
Photographies argentiques, 13x18 cm – Été 2007 
Photographie argentique d’un paysage marin depuis le phare de Cordouan, avec altérations visibles causées par l’oxydation de l’émulsion.
Vue prise depuis la lanterne du phare de Cordouan. Tirage argentique 13×18 cm altéré par l’oxydation naturelle.
À l’été 2007, j’ai eu l’occasion de réaliser une série de photographies argentiques depuis un lieu exceptionnel : la lanterne du phare de Cordouan. Perché à 62 mètres de hauteur, au milieu de l’estuaire de la Gironde, ce phare vieux de plus de 400 ans est un monument singulier, exposé aux vents, à la lumière, au sel. Ce contexte géographique et architectural a directement influencé le processus photographique engagé. 
Tirage argentique altéré montrant un paysage marin vu depuis la lanterne du phare de Cordouan, avec traces d’oxydation sur l’émulsion et dominante beige-noir.
Gros plan d’une hotographie argentique altérée prise depuis le phare de Cordouan, été 2007. Réaction chimique visible sur l’émulsion due à une humidité saline. Tirage unique montrant une transformation organique du paysage photographié.
Les images ont été captées à un moment précis : juste après l’apparition d’une gloire marine, alors qu’une pluie fine commençait à tomber. Sur la paroi vitrée de la lanterne, les gouttes s’accumulaient, filtrant la lumière rasante d’un après-midi d’été. Ce jeu d’éléments a produit un paysage suspendu, pris entre stabilité et mouvement, entre persistance et disparition. 
Le tirage comme surface vivante 
Mais c’est après le déclenchement que tout s’est véritablement joué. 
L’une des gouttes, mêlée à une trace de produit chimique présente sur l’image, a provoqué une réaction lente et imprévisible : une oxydation progressive de l’émulsion argentique. Avec le temps, la surface des tirages a changé. Les images, initialement fixes, se sont transformées. Elles ont muté. 
Ce phénomène, propre au traitement analogique, ne peut être reproduit ni contrôlé numériquement. Il fait de chaque tirage une pièce absolument unique, où l’image n’est plus une simple reproduction du réel mais une matière sensible, traversée par l’environnement qui l’a vue naître. 
Planche de neuf photographies argentiques altérées, montrant des paysages maritimes pris depuis le phare de Cordouan en 2007. Effets visibles d’oxydation et de transformation chimique sur l’émulsion photo.
Neuf tirages argentiques 13×18 cm altérés naturellement par oxydation, réalisés depuis la lanterne du phare de Cordouan. Série photographique réalisée à l’été 2007.
Photographie ou peinture ? 
Ce projet interroge le statut même de l’image. 
La photographie, ici, n’est pas document : elle devient trace, surface en mutation, empreinte du temps. Par l’action conjointe de la lumière, de l’eau, du sel et de la chimie, le tirage se rapproche de la peinture, non dans la forme, mais dans la matérialité et la temporalité qu’il engage. 
Réalisée dans un lieu chargé d’histoire. le phare de Cordouan, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO — cette série dialogue avec l’architecture, le climat, la mer et le temps. Elle s’inscrit dans une réflexion sur la mémoire des paysages et sur le rôle de la photographie comme médium physique et organique. 

1.

Le tirage devient matière active : sels, métaux, humidité s’y confrontent. L’air, la lumière, l’oxydation sculptent la surface. Chaque réaction est une forme en puissance.

2.
C’est un travail de chimie et de sensations. La matière réagit : elle s’oxyde, s’altère, s’imprègne. Le geste technique déclenche l’imprévu.

3.
La surface photographique n’est jamais neutre. Elle capte, inverse, transforme. Le tirage passe du négatif au positif, révélant la lumière par la chimie. Une transmutation. La matière photosensible devient image — entre contrôle et imprévu, comme dans le processus d’alchimie des pionnier des la photographie.

Photographie argentique d’un horizon marin voilé par la pluie et l’oxydation, prise depuis le phare de Cordouan en 2007, avec textures granuleuses en bichromie.
Agrandissement, d’une photographie argentique altérée prise depuis le phare de Cordouan, été 2007. Réaction chimique visible sur l’émulsion due à une humidité saline. Tirage unique montrant une transformation organique du paysage photographié.
Série de quatre tirages argentiques noir et blanc, altérés par oxydation naturelle, représentant un paysage marin depuis la lanterne du phare de Cordouan.
Vue d’ensemble de quatre tirages photographiques réalisés à l’été 2007 depuis la lanterne du phare de Cordouan. Chaque image, développée en argentique, a subi une oxydation progressive liée à l’exposition au sel, à l’humidité et aux résidus chimiques, donnant lieu à des paysages marins transformés par la matière elle-même.